Il est une histoire...

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Les noms d'l'Amour !

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                                                 Peinture : Jeune fille de Marie Laurencin

 

 

 

 

L’était une fois un p’tit bout d’zan
L’était toujours bien lumineuse
Son grand sourire fendait en deux
Sa p’tite poire doucereuse
Les vieils gens l’app’laient La Fleur
Moi dans l’silence de mon coeur
J’pensais à elle et j’la nommais 
A chaque matin d’un nouveau nom
Comme une caresse qu’mes grosses paluches
Oseraient jamais lui faire.
Mon Printemps immortel, Ma Folie, Ma toute Belle,
Reine des prés, Rose du jour, Aurore, Blanche ou Lune
A chaque matin j’déposais sur ma Belle Endormie
A ses pieds, silencieux, le plus beau nom du monde !
J’la couvrais d’mon amour et chaque jour plus encore
C’tait un moyen d’la protéger de tous ces rustres qui la couraient
Ces vauriens qui n’attendaient rien qu’à m’la cueillir
Ma Fleur, Mon Lys, Mon Brin d’Herbe Tendre.
Puis d’la laisser là se faner !

L’était une fois un pauv gars comme moi
Trop grand, trop gros et incapable d’aligner deux mots
Les vieils gens m’nommaient l’idiot
J’m’en fout j’aime pas les gens !
A chaque matin j’pouvais voir Mon Soleil illuminer not’maison
A chaque jour j’la couvrais d’un nouveau nom
Ma Crête enneigée, Mon Oiseau Bleu, Ma Prune Sucrée,
Mon chêne, Ma Prairie, Mon Trèfle à Quatre feuilles.
J’voulais la protéger des coquins et d’leurs miséreuses
De toutes ces femmes jalouses et envieuses !

L’était une fois un Salopard, un d’ces richards, plein d’oseilles !
C’jour là j’ai pas su la couvrir d’un nom qui la protège
Ce Salaud l’a cueillit sans respect, sans douceur
Puis la laissé là, fanée dans not’grange, dans le foin…
Pour une fois dans ma vie, j’lai prise contre mon coeur
Mon Verger, Ma Lumière, Mon Or, Ma Petite Soeur.
Son coeur battait contre le mien et j’ai pleuré avec Elle
J’lai prise dans mes bras, Ma Plume Douce, et j’lai couché
Dans sa chambre, dans son lit, recroquevillée comme un bébé.
J’lai tendrement caressé de mes paluches, j’ai senti sa main glacée
Se poser sur les miennes et sa voix dans un souffle me disant 
“Je t’aime”

L’était une fois un Idiot en colère, qui descend au village d’un pas déterminé !
Les vieils gens le regardent passer à travers leurs fenêtres closes
J’les vois ces pauv' villageois lâches et plus idiots que moi
Ils s’ demandent si je suis plus fou qu’ils ne l’croient…
J’avance à grande enjambée vers la maison du maître et ma colère gronde
Je pense à Mon Ange, Ma Fée, Mon P’tit Clown qui me faisait le cirque, Ma Beauté Sans Pareille, Mon Âme Soeur, Ma Petite Soeur…
Lorsque j’ pousse la porte de cette grande et belle maison, un jeune homme se dresse face à moi !
J’ai pas réfléchi. J’ai levé mon bras qui tenait le couteau. j’suis peut-être plus idiot que j’le pensais… J’l’ai tué direct d’un coup au coeur.

L’était une fois, un homme au fond de sa cellule qui attend la mort. C’est moi ! J’me nomme Germain et j’vais mourir demain. Mais si j’écris c’te lettre c’est surtout pour ma soeur Germaine… nos parents nous ont donné de mauvais noms alors depuis j’caresse ma soeur et j’la protège avec les plus beaux noms du monde. J’suis l’seul à savoir et j’suis l’seul à la nommer. J’continuerai à la protéger en la nommant chaque jours et même après ma mort ! 
Mon Ile de Beauté, Mon Ciel Etoilé, Ma Chérie, Ma Luciole, Mon Cygne Blanc, Ma Chouette, Mon Incertaine, Mon Fil des Jours, Ma Présence, Mon Âme, Ma Caresse… Mon Amour. 

                                                                                            

 

                                                                                                     Fin

 

Tous droits réservés @Flore Potier 2014



08/10/2014
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